Dans le sud de l’Italie, les camions ne livrent plus les usines de pâtes. Depuis plusieurs jours, des chauffeurs routiers bloquent les routes pour protester contre la hausse du prix du carburant, et l’onde de choc vient d’atteindre l’un des symboles de la cuisine italienne : la fabrication des pâtes sèches. Le pastificio Rummo, installé à Benevento en Campanie, a arrêté sa production faute de matières premières, et d’autres fabricants tournent au ralenti.
Plan de l'article
Rummo à l’arrêt, La Molisana au ralenti #
Selon une dépêche Reuters publiée le 20 octobre 2026, Rummo a annoncé mardi la suspension de sa production parce que la semoule et le blé n’arrivaient plus jusqu’à l’usine. Son président, Cosimo Rummo, parle d’un « premier jour d’arrêt » après l’épuisement des stocks, d’après le récit de Sky TG24.
Un peu plus au nord, dans le Molise, La Molisana n’a pas coupé ses lignes mais produit beaucoup moins. L’entreprise de Campobasso puise dans ses propres réserves de blé et de semoule pour tenir. Le dirigeant de Rummo affirme par ailleurs que la plupart des fabricants des Pouilles rencontrent les mêmes difficultés.
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Le signal d’alarme avait été donné une semaine plus tôt : Italmopa, l’association italienne de la meunerie, avertissait que de plus en plus d’usines risquaient de devoir s’arrêter si les blocages se prolongeaient.
Une protestation contre le prix du gazole #
Le mouvement est parti des transporteurs routiers, qui dénoncent le coût de la vie et surtout la flambée du carburant. Les barrages se concentrent dans le Sud : Sicile, Campanie, Pouilles, Calabre, mais aussi Latium. Dans les Pouilles, à Bitonto près de Bari, un cortège de tracteurs et de camions a rejoint les points de blocage à l’aube, raconte Sky TG24.
Les conséquences dépassent largement les pâtes. Dans plusieurs régions, les rayons des supermarchés se vident des produits frais les plus sensibles aux livraisons quotidiennes : œufs, viande, produits laitiers, fruits et légumes. Des stations-service manquent aussi de carburant, selon Reuters, qui cite des habitants de Locri, en Calabre.
Le gouvernement de Giorgia Meloni a promis une enveloppe d’aide au secteur du transport et des rencontres avec les représentants des routiers. Les montants annoncés diffèrent selon les responsables cités et les médias, et aucun accord de sortie de crise n’avait été confirmé à la mi-journée du 20 octobre.
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Pourquoi le Sud est le cœur battant des pâtes italiennes #
Si ce blocage inquiète autant, c’est que le Mezzogiorno concentre une grande partie de la tradition pastière du pays. La Campanie est le berceau historique des pâtes sèches : Gragnano, Torre Annunziata et la région de Naples ont fait sécher leurs spaghetti au soleil bien avant l’ère industrielle. Les Pouilles, elles, sont la grande terre du blé dur et le pays des orecchiette.
Une usine de pâtes fonctionne en flux tendu. La semoule de blé dur arrive presque chaque jour par camion depuis les moulins, elle est pétrie avec de l’eau, extrudée, puis séchée pendant plusieurs heures. Sans livraisons régulières, les lignes s’arrêtent vite : on ne stocke pas des semaines de semoule à côté des presses. C’est ce qui explique qu’un mouvement social de quelques jours suffise à paralyser une marque historique.
Le secteur pèse lourd. D’après un rapport du TEHA Group publié en septembre et cité par Reuters, l’industrie italienne des pâtes a réalisé 13,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier. C’est l’un des fleurons de l’agroalimentaire du pays, très tourné vers l’export.
Faut-il s’attendre à des rayons vides en France ? #
À ce stade, rien ne permet de l’affirmer. Les grandes marques disposent de stocks dans leurs entrepôts et chez les distributeurs, et l’arrêt d’une usine pendant quelques jours ne se traduit pas immédiatement dans les supermarchés français. Cosimo Rummo lui-même estime, dans les propos rapportés par la presse italienne, qu’un arrêt de quelques jours pourrait être rattrapé, alors qu’un blocage durable serait beaucoup plus dommageable.
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Tout dépendra donc de la durée du mouvement. Si les barrages se prolongent, ce sont d’abord les petites marques artisanales du Sud, aux stocks plus réduits, qui risquent d’être les plus touchées. Les amateurs de pâtes de Gragnano ou de Campanie trouvées en épicerie italienne pourraient alors voir certaines références manquer pendant quelque temps.
Comment cuisiner malin si votre marque préférée manque #
Pas de panique en cuisine : la règle d’or des pâtes italiennes reste la même, quelle que soit la marque. Choisissez des pâtes de blé dur, idéalement tréfilées au bronze, dont la surface rugueuse accroche mieux la sauce. Cuisez-les dans une grande quantité d’eau bien salée et gardez toujours une louche d’eau de cuisson pour lier la sauce à la fin.
Si les rigatoni de votre marque fétiche manquent, un format proche fera l’affaire : des mezze maniche ou des tortiglioni pour une sauce tomate ou un ragù, des linguine à la place des spaghetti pour une sauce aux palourdes. C’est aussi l’occasion de tester des pâtes fraîches maison : farine, œufs, un peu de patience, et le résultat ne dépend d’aucun camion.
Nous suivrons l’évolution de ce mouvement des transporteurs italiens et ses effets sur les fabricants de pâtes dans les prochains jours.




